Friday, May 14, 2010

19 juillet 1936

Le dimanche 19 juillet, en faisant notre habituelle promenade dominicale ma mère et moi, nous constations avec surprise de nombreux petits groupes de gens sur La Concha, à l’avenue principale et un peu, partout, chuchotant, l’air inquiet. “¿Que pasa?” Des réponses évasives, des explications que nous ne comprenions pas, et enfin les mots terribles “La guerre civile à éclaté …”.

Le pays basque catholique s’était range au côté du gouvernement légal, républicain et athée qui lui avait fait la promesse de respecter les anciens “Fueros”, soit, un commencement d’autonomie. Franco ne pardonna jamais cette décision. La France et l’Angleterre se croisaient des bras se réfugiant dans la stupide “Non Intervention”, tandis que Hitler et Mussolini s’en donnaient à cœur joie de faire l’essai de leurs nouvelles armes sur la population civile (côté républicain) en général et sur Guernica en particulier.

Mais je m’avance aux événements. À Saint Sébastien, quelques articles de ravitaillement commencèrent à manqué un peu. Ma mère toujours inquiète, toujours prête à l’action, me dit un jour: “Ecoute, la semaine dernière, en passant par Loyola (environs 3 kms) j’ai vu un écriteau annonçant qu’on vendait des œufs frais. Allons y, ça nous fera une petite promenade”. J’acquise, ai faute de mieux. Nous longeâmes l’Urumea que n’avait pas encore acquis son odeur nauséabonde. En arrivant à Loyola ma mère hésita un peu “Je ne m’y reconnais pas. Je crois que c’est par ici “Nous nous engageâmes dans un étroit passage flanqué des deux côtés para une rangée de maisons rustiques. Tout d’un coup le passage s’élargissait en une vaste cour complètement cerclée par des constructions modesties, genre fermes. Des chiens aboyèrent très brièvement. Silence. Ma mère commença à crier en son Espagnol fortement accentué à la française: “¿No hay nadie?”. Une angoisse me saisit à la gorge. “Maman, maman, partons… partons” “Ah – C’est que je veux mes œufs frais, moi!” “Maman, regarde, nous sommes entourées de gens!” En effet! Silencieusement, comme des phantasmes, des ombres étaient apparues, des femmes pales, des hommes non rasés, à la chevelure longue, quelques enfants mal vêtus. C’était peut-être mon imagination, mais il me sembla apercevoir cachés derrière quelques dos un long objet, fusils ou bâtons. Ma mère sursauta: “Yo quiero huevos frescos! Quoi? Qu’est-ce que tu dis? Ah! Mon Dieu! Tu as raison! Partons! Partons! “Une fois sorties de la souricière ma mère commença à trembler: “Quelle horreur! Ah! … Qu’est-ce qui aurait pu nous arriver!”. Jusqu’au jour d’aujourd’hui j’ai toujours cru que c’était le fort accent français de ma mère que avait été notre passeport vers le liberté, et… peut-être… la vie!

Vers la mi-septembre, les Requetés de Navarre et les forces de Franco nous coupant la retraite vers la France, le gouvernement de Léon Blum décida de nous rapatrier, nous les citoyens français. Un bateau de guerre ancré au large. à bord, on nous accueillit comme les naufragés ayant subi d’affreuses privations. Nous regardions, étonnés tous ce branle-bas, on nous entourait d’attentions, de sollicitude, de petits soins, on nous servait de délicieux canapés, on nous versait du bon vin français pour remonter notre moral, on nous aurait enveloppé tendrement de couverture mais le temps ne se prêtait pas à cette marque de3 compassion. à Saint Jean de Luz une foule curieuse nous attendait au d´barquement. Il s’en suivit un amusant quid pro quo au sujet d’une Africaine qui était parmi les nôtres et la station de bifurcation de Biarritz, La Négresse. On nous vaccina et … nous laissa partir. Je ne me souviens d’aucun autre détail.

Nous arrivâmes à Hasparren.

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