Friday, May 14, 2010

Voyages.

Et maintenant, permettez-moi, si vous le voulez bien, de faire quelques petits voyages avec vous en France.

En sortant de Saint Sébastien, en arrivant à la frontière, nous traversons la Bidassoa où se trouve l’Ile des Faisans. Là, eut lieu la rencontre de Louis XIV avec sa fiancée l’Infante d’Espagne, Marie Thérèse. Nous pouvons imaginer le contraste : d’un côté les courtisans du Roi Soleil, avec leurs habite chamarrés, leurs rubans, leurs perruques, leurs mollets mis en valeur. De l’autre, les Espagnoles, maigres, austères, les cheveux coupés court, toujours en noir, toujours en deuil depuis la mort de Felipe II. Les Espagnols ne nous ont jamais pardonné ce Bourbon grand père de leur future premier Bourbon (à qui beaucoup veulent bien attribuer la décadence de l’Espagne). Ni la malheureuse incursion de Napoléon qui sema malgré tout des idées de liberté, d’égalité (certes pas de fraternité!). Ni la “Carmen” de Bizet avec le malsonnant “toreador”. Ce sentiment est encore lattant en Espagne. J’en sais quelque chose. Les espagnols, courées de gallicismes, se sont réfugiés dans la culture allemande, faisant ainsi un judicieux contrepoids à leur lourde héritage maure-séfardie, un choix né sans doute, de ce bref moment de l’histoire où les deux pays se trouvèrent réunis souls le règne du rejeton de Juana la Loca et de son époux Felipe el Hermoso.

En traversant le Pont International, nous arrivons à Hendaye. Je connais bien la côte basque, l’ayant parcourue mille et une fois. C’est un charmant pays, sans grandes industries, ce qui malheureusement provoque une forte migration soit vers Paris, soit vers l’Amérique du nord, du centre et du sud. Aux Etats-Unis, notamment au Nebraska ils forment d’impressionnantes tribus comme bergers de moutons, conservant leur langue, leurs chansons et danses si gaies (et apprenant l’anglais). Le paysage se conserve toujours vert : il pleut souvent au pays basque. De douces collines s’étagent graduellement vers les cimes des Pyrénées, le tout parsème des traditionnelles maisons basques aux murs blancs aux toits et volets rouges, couleurs qui composent avec le vert de l’herbe, le drapeau basque. L’origine de la maison basque este incertaine: les uns assurent qu’elle vint de la mer, de Normandie peut-être. à Saint Jean de Luz, charmante petite ville estivale, se trouvent La Maison de l’Infante aux sévères lignes espagnoles, où séjourna Marie Thérèse en veille de son mariage, et la résidence du roi aux lignes plus classiques. La cérémonie eut lieu à l’église dont la porte par où passa le couple royal fut scellée à jamais. Sur la rive opposée, à l’entrée du port des pécheurs, la petite ville de Ciboure est fière de la maison où vécu le grand compositeur impressionniste, Ravel. Plus au nord, toujours sur la côte, Biarritz est la plus célèbre des plages grâce à l’impératrice Eugénie de Mohtijo, épouse de Napoléon III. Ayant la nostalgie de l’Espagne où elle était née, elle s’y sentait plus proche de son pays dont elle pouvait apercevoir les phares para temps clair. Rappelons nous qu’à cet endroit, la côte forme un angle droit parfait quoique arrondi à l’intersection… Un peu plus à l’est, la ville commerçante de Bayonne est fière de sa jolie cathédrale gothique et de ses remparts à la Vauban encore intacts et agrémentés de jardins et de pelouses. Bayonne possède aussi un des plus beaux monuments aux morts de France. En général je les trouve plutôt laids mais celui-ci est impressionnant de simplicité : c’est un long mural en 0ierre taillée d’où ressortent des Statues grandeur nature, d’un côté le paysan basque devant sa charrue et sa paire de bœufs, de l’autre le poilu dans sa tranchée, les mais appuyées sur son fusil. C’est sobre et beau. Bayonne est célèbre aussi pour son chocolat, ses petits-fours, son jambon, son linge basque. Elle à aussi son côté historique. L’un des épisodes des plus connus :la rencontre de Napoléon avec le détrôné Carlos III et son fils le futur Fernando VII, au château de Marracq.

De Bayonne, nous prenons la route vers Saint-Jean-Pied-de-Port. Là se trouve le joli petit pont romain sur la Nive où j’essayais enfant, d’attraper des écrevisses avec une simple fourchette, tout en soulevant avec précaution les lords cailloux. N’ayez crainte! Les crustacés étaient plus rapides que moi ! La vieille église au style un peu lourd, fait angle avec un deuxième pont, beaucoup plus moderne ! (du Moyen-âge ?) Una arcade élevée où se blottit une Vierge souriante se tourne vers le sud, vers l’Espagne, actuellement denominée la rue d’Espagne dont les gros pavés on été piétinés par des milliers de pèlerins s’acheminant vers Santiago de Compostela. Vers le nord, la Grand rue, à la côte de rue, bordée de vielles maisons portant de dates 16.., 17.., et qui monte à la Citadelle presque en ruines. Un jour vers 1931-1932, je rencontrais le Prince de Galles en tenue dégagée et coiffé d’un béret basque bien enfoncé et chaussé d’espadrilles du pays. Il était accompagné d’une jeune femme (Wallis Simpson ?) et d’un couple de leur âge environ. Les quatre, de petite taille. Le prince me sembla timide et décoloré. Il esquiva mon regard curieux.

Je ne veux pas oublier Ainhoa, un charmant petit village enfoui dans la montagne et qui à conservé plusieurs maisons vraiment anciennes et bien basques. Le fronton est très animé, surtout le dimanche les pelotaris jouent à la main nue, ou à la « chistera » une sorte de panier allongé attaché au poignet. Il existe aussi un très bon restaurant… un peu cher.

En retournant à Bayonne nous prenons la route sur Pau, la capitale du Béarn. Mais en passant par Artix, laissez-moi vous conter les interminables journées d’ennui que j’y aie passées. Ma seule distraction était la lecture des romans de Delly qui à eux seul constituaient la bibliothèque de ma tante Marie. En revanche la chère y était excellente, tout en particulier les confits d’oie, la succulente « garbure » et le malicieux petit vin du Gave ainsi que les pèches de Monein. Ma tante avait comme passion les chevaux et les chrysanthèmes qu’elles cultivaient avec un soin tout particulier. Elle avait perdu son fils unique âgé de vingt ans des suites de la tuberculose. En ce temps là les antibiotiques n’avaient pas été découverts. Tos les ans, à la Toussaint, ma tante allait déposer sur la tombe de son fils une superbe gerbe de sa fleur préférée. Les guerres de religions avaient dû laisser des traces dans le pays car en général les gens étaient plutôt sceptiques, à l’esprit railleur. Le futur Henri IV n’avait-il pas dit en acceptant la couronne de France « Paris vaut bien une messe » ? Le fait est qu’au moment du dessert, j’avais à déchiffrer des histoires et gravures assez gaillardes que je ne comprenais qu’à demi tandis que les grandes personnes souriaient discrètement. Ceci en contraposition des assiettes a dessert d’Hasparren qui décrivait la vie de Jeanne d’Arc en douze épisodes. Ma digestion en était troublée devant la possibilité que le numéro 12, la mort au bûcher, me fut destiné. Les souvenirs plutôt négatifs d’Artix furent en grande partie effacés lorsqu’en 1939, mon mari et moi y allâmes passer deux ou trois jours pour recevoir un petit legs qui nous permit de payer notre passage pour l’Amérique. Nous en profitions pour faire un aller et retour à bicyclette à Pau et aussi jusqu’à Os-Massillon. Nous ne trouvâmes que quelques masures délabrées. Je ne sais si depuis, le roi pétrole ayant fait son apparition à Lacq, les choses se sont améliorées.

A Pau une jolie promenade face aux Pyrénées, permet d’admirer la chaine ininterrompue des cimes neigeuses. Dans un de ces nombreux replis se blottit la grotte de Lourdes célèbre par ses miracles… En arrivant a Carcassonne, nous retrouvons la cité médiévale en parfait état, il est vrai que fortement restaurée par Viollet-le-Duc au XIX siècle. Mais les remparts, les donjons, les tourelles ont gardé le charme pictural du Moyen-Age. Un soir, en cours de route, nous pernoctions dans l’hôtel enfermé dans son enceinte. Le lendemain, étant restée la dernière dans notre chambre à boucler la valise, je me perdais dans le dédale des escaliers en colimaçon et arrivais toute essoufflée à la salle à manger où m’attendaient mon mari et mes enfants : pour un moment j’avais crainte de tomber à jamais dans une oubliette !...

En continuant la route vers la vallée du Rhône, nous trouvons Nîmes aux belles arènes romaines et où ont encore lieu des courses de taureaux. Un parc renferme de nombreuses statues romaines, mais sans doute, le monument le plus célèbre est la « Maison Carrée ». Il y a quelques jours, je suis allée avec ma fille à Charlotteville (Virginia) et, à ma grande surprise, j’ai appris que Jefferson s’était inspiré de la dite « Maison Carrée » pour l’architecture de sa propre maison. Alors j’ai supposé que de là partait la mode des maisons a colonnes si en vogue au sud des Etats-Unis comme la fameuse mansion du film « Autant en Emporte le Vent ». Vous voudrez bien m’éclairer sur ce point.

Je mentionne en passant le superbe « Pont du Gard » aqueduc romain de 49 mètres de haut.

En remontant la vallée du Rhône nous trouvons Avignon avec le Palais des Papes et son non moins fameux pont sur le fleuve dont nous fredonnions, enfants, la chanson. Actuellement il est à moitié détruit et l’on ne peut y danser … qu’en en retournant par le même chemin.

Plus au nord, Orange possède un superbe théâtre romain en excellent état, où l’on interprète des pièces des classiques grecs et français et des opéras… La ville actuelle est dominée par des vestiges impressionnants d’une ville romaine complète, parfaitement reconnaissable dans ses moindres détails. Mais ce qui me surprit d’avantage, ce fut un tout petit musée où nous rentrions tout à fait par hasard, et où nous découvrîmes les origines de la famille royale hollandaise. Cette province d’Orange faisait partie du patrimoine de Guillaume de Nassau, que prit le titre de Guillaume d’Orange et fut le fondateur de la dynastie. De nombreuses photographies de l’imposante reine Wilhelmine, de sa fille la reine Juliana et des quatre princesses, ainsi que des portraits de leurs ancêtres. J’ai trouvé amusant, assez ironique, que le couleur orange du tricolore de la ville de New York est une origine si française… et il me serait agréable d’oublier para contre qu’il en este de même des fanatiques d’Ulster qui brandissent cette couleur le jour de la bataille du Boyne et de ce fait enragent la population irlandaise catholique.

Du côté Atlantique, j’ai parcouru le littoral des Pyrénées au Havre pour reprendre le bateau sur New York. Ma fille Paulette ayant eu la malencontreuse idée de faire une drise d’appendicite en cours de route, il fallut nous arrêter à Rennes, capitale de la Bretagne. J’ai ainsi pu faire connaissance de cette ville un peu maussade, sise sur La Vilaine qui porte bien son nom. L’opération eut lieu à l’Hôtel-Dieu après avoir demandé conseil à la gendarmerie. De jeunes médecins très aimables s’occupèrent de « la petite américaine. C’est la première fois que nous fîmes une affaire su ce sujet : l’assurance médicale de New York nous remboursa les frais de l’opération d’une façon fort avantageuse nous cotant au prix américain et non d’hôpital français. Pendant la convalescence, nous allâmes à Saint Malo, la ville corsaire, encore entourée de remparts impressionnants. Et là, face à la mer, repose Chateaubriand.

Je voudrais aussi vous signaler comme voyage très intéressant celui que nous fîmes en 1959 en Dordogne. La date est importante car quelques temps après les caves de Lascaux se fermaient au public. Il semble qu’hélas, ces peintures préhistoriques, conservées en parfait état pendant del millénaires, n’ont pu supporter le contact de notre respiration. Elles furent découvertes par hasard par deux jeunes garçons en 1941 pendant la guerre. En vingt ans elles ont été atteintes d’un fongus inexorable mortel que détruit la pigmentation primitive et de coup ce spécimen merveilleux de l’art de nos lointains ancêtres. Le paysage de la Dordogne est, à mon avis, l’un des plus beaux, l’un des plus paisibles, l’un des plus poétiques de France. J’ai hâte d’y retourner : ses longues rivières bordées de hauts peupliers sont un enchantement.

Voyage en Alsace : Kaisering où naquit le grand humaniste Albert Schweitzer. Colmar et son musée où se trouve le superbe triptyque de Grünewald. Ensuite Strasbourg sur le Rhin. Je contemplais rêveuse ce fleuve qui a fait couler tant d’encre… et de sang.

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