Je suis née à Saint Sébastien, Espagne, à vingt kms de la frontière avec la France. Mes parents, d’origine très humble, avaient émigre chacun de leur cote, ma mère d’Hasparren, dans le pays basque français, mon père d’Os Massillon dans le Béarn, à une trentaine de Kms de Pau ou s’élève le château du bon roi Henri.
Saint Sébastien était à l’époque (circa 1905) une ville estivale très à la mode, la cour espagnole y séjournent une partie de l’été avec le roi Alfonso XIII et sa reine Victoria Eugenia, petite-fille de la reine Victoria d’Angleterre. Il m’a été conte, qu’environ à cette époque, plusieurs célèbres espions s’y donnaient rendez-vous, entre autre la fameuse Mata Hari. Mes parent se connurent donc à Saint Sébastien, ils s’aimèrent, se marièrent, et, à force de travail, firent une toute petite fortune. On peut dire qu’ils firent leur Amérique en Espagne.
J’étais la benjamine, ayant un frère de douze ans mon aine et une sœur de huit plus âgée. Mon enfance à été très heureuse, très choyée. Au pays basque nous avons un sentiment très vif de la famille malgré notre caractère impétueux.
J’ai donc passe mes vacances et les longs week-ends en France, soit chez ma grand mère à Hasparren, soit chez ma tante à Sant Jean Pied de Port, ou à Artix dans le Béarn.
Le régime basque est assez matriarcal: la mère commande, les autres obéissent. Ce qui n’empêche qu’à la champagne, elle ne s’assit jamais à table, affaire à servir les autres. à la ville, les gens sont plus sophistiques et n’observent pas ces coutumes.
Je suis allée d’abord aux Ecoles Françaises de Saint Sébastien. C’était un école laïque (régie il me semble par le gouvernement français): elle était fréquentée surtout par les enfants d’ouvriers espagnol aux idées libérales qui évitaient ainsi les écoles d’ordres religieux et les écoles de l’Etat à forte ambiance religieuse. La, j’appris à lire, à écrire, à compter. L’école était mixte. à l’âge de neuf ans, mes parents m’envoyèrent à un pensionnat de jeunes filles, Notre Dame, dirige par des religieuses françaises dont la mission principale était d’enseigner le Français aux fillettes de la bourgeoisie espagnole. Je suis restée la, soit comme demi-pensionnaire, soit comme interne jusqu’a l’âge de quatorze ans. Dans le premier cas, l’autobus venait me chercher à domicile ver huit heures du matin et me ramenait vers sept heures du soir. Je passais donc la journée entière au pensionnat, laissant ainsi entière liberté à mes parents qui travaillaient. Nous avions classes toute la matinée avec une courte recréation vers dix heures. à midi, nous prenions notre repas au réfectoire, aux murs blancs, aux longes tables et bancs de bois nu. Le menu se composait généralement d’un plat de haricots, ou de lentilles, ou de riz, accompagne d’un morceau de viande ou de poisson ou d’un œuf à la rigueur; comme boisson, de l’eau fraiche; comme dessert un fruit frais, orange ou pomme, ou, en hiver une compote de fruits. Ensuite nous avions recréation: nous jouions à la pelote, au ballon, à colin-maillard, à la ronde… etc… Toute l’après-midi nous avions classes jusqu’a 4h. Nous avions alors recréation, agrémentée du gouter, invariablement un morceau de pain frais et un bille de chocolat que nous croquions à belles dents. Ensuite nous avions études jusqu’a l’heure de l’autobus qui nous ramenait à la maison. Chez moi nous observions les habitudes françaises et prenions notre repas vers 8h, tandis que mes camarades espagnoles observaient l’horaire du pays soit 9h et même plus tard… Le jeudi après-midi était entièrement dédié à la couture. Nous apprenions à coudre, à broder, à faire des boutonnières, et surtout, oh surtout!… à faire des reprises! Ces reprises: c’étaient de véritables chefs d’œuvre!… Ou sont les neiges d’antan!…
Les jeudis et les dimanches pour les internes, il y avait de longues promenades à pied sur la montagne voisine “Monte Ulia” qui domine la ville et la mer. C’est une vue magnifique!... Nous portions tous les jours un uniforme noir avec un grand col Claudine, blanc et amidonne, agrémente d’une lavallière rouge moirée, nouée sur le devant. Une grande cape noire, légère en été, en laine en hiver, ainsi que un chapeau noir classique, complétaient notre toilette. J’oubliais les bas noirs et souliers noirs. Tous les mos, quatre superbes rubans de couleur différente, récompensaient les efforts du meilleur d’entre nous en religion, conduite, application et ordre. Celui-ci était mauve et je ne le méritais pas souvent.
La religion tenait naturellement une grande place dans notre vie: catéchisme, ancien et nouveau testament, prières du matin et du soir, Messe très souvent, tous les jours pour les internes… Les jours de couture, l’une d’entre nous lisait la vie des saints ou autre lecture édifiante.
Une grande place était aussi réservée à la musique: Presque tout le monde étudiait le piano ou autre instrument musical. Tout le monde chantait… plus ou mois juste, et nous unissions nos efforts en des chorales à quatre voix. Une fois l’an, nous préparions avec grand enthousiasme une pièce de théâtre que tous les parents venaient admirer et applaudir. Mes dos histrioniques étant tells, je finissais toujours comme figurante parmi la foule de paysannes qui remplissaient le fond de la scène. De toutes façons, je trouvais très amusant de se déguiser et de se maquiller. En revanche, ma sœur Henriette étant douée d’une voix de soprano bien timbrée, devenait la primadonna de l’Orphéon Donostiarra, ce qui nous valut de jolis petits voyages ça et la. Je me rappelle surtout de la représentation de l’opéra basque “Maintena” dans le joli parc de Saint Jean de Luz, à cote de l’Eglise anglicane... Par ailleurs, l’Orphéon Donostiarra avait trouvé une mine d’or dans les chorales et chansons folkloriques, russes interprétées... en basque. Pendant longtemps j’ai donc cru qu’il s’agissait de chansons basques. Vingt ans après, assistant à Caracas, Venezuela, à une chorale de “Cosaques Du Don” je fus agréablement surprise d’entendre une chanson basque... chante en russe. Quel ne fut mon étonnement, en consultant mon programme, d’y voir imprime le nom bien russe du compositeur. Grace à cette erreur, j’ai toujours conserve dans mon cœur une place spéciale pour la musique russe. En ce temps la, la T.V était encore un rêve lointain, la radio balbutiait à peine, le phonographe était manuel et braillard. Je complétais mon éducation de musique classique de façon fort étonnante (j’exclue mes six ânées d’études de piano qui furent mon cauchemar) Tous les dimanches (mon père étant décède à conséquences de gaz asphyxiants de la “Grand Guerre”), ma mère nous faisait suivre tous les dimanches après-midi un rituel inébranlable: d’abord une longue promenade au bord de la mer, pur nous rafraichir les poumons et nous dégourdir les jambes; pus c’était le tour du palais et papilles gustatives nous allions prendre le gouter dans un grand café rempli de monde. Pour moi: “chocolate con churros y agua con azucarillo” qui faisait mes délices. A travers le brouhaha de consommateurs bruillants les ineffables accords de Schubert, Mozart, Beethoven, Granados, Falla, Albéniz, parvenaient à mes oreilles. Trois pitoyables musiciens, perches sur un petit balcon rond surélève, s’épuisaient à nous nourrir spirituellement. Je n’en faisais fi. Ce n’est que bien plus tard que je compris que mon être tout entier s’était imprègne comme par osmose de cette musique qui serait la joie de mon âge mur.
Apres le gouter c’était le spectacle: les yeux, l’imagination, le couleur. Nous allions parfois au théâtre, assistant aux oeuvres du classique espagnol, mais beaucoup plus souvent nous allions au cinéma dont je raffolais. Les stars de Hollywood étaient mes idoles et je connaissais beaucoup mieux l’habitat du Far-West que celui de mon propre pays.
Ma mère avait du caractère. Mon amour filial m’impose cet euphémisme. Disons qu’elle faisait honneur à son héritage ethnique. Elle avait un sens inné de l’art, de la musique, de tout ce qui était beau et bien, une faim insatiable de tout ce qui lui avait manqué dans son enfance, son adolescence, sa jeunesse. Elle nous pavoisait ma sœur et moi comme des trophées bien mérités. Elle était libérale et conservatrice à la fois. J’ai plaisir à penser que j’avais tète de son sein droit son inextricable héritage religieux, et de son sein gauche, mes idées humanitaires, mon amour de la liberté, ma conscience de la souffrance des déshérites de la fortune. Elle nous imposait doc sa volonté sans se soucier de nos gouts particuliers, nous habillant selon “le dernier cri de Paris”: je portais des jupes très courtes (The Roaring Twenties), des gants blancs, des chapeaux qui me donnaient mal à la tète. Je fus une des premières à porter un costume de bain “Jantzen” à la nageuse plongeante, qui laissait mes cuisses exposées au regard public, tandis que les autres jeunes filles portaient pudiquement des jupes jusqu’aux genoux selon la mode du pays. Il y à peu, un vieil ami et camarade de classe, me disait l’admiration que provoquaient mes longues jambes. Nos avons bien ri. Je pense maintenant, qu’en toute chose, ma mère était cinquante ans à l’avance sur son temps.
Ma sœur était douée de tous les dons artistiques. El m’éblouissait par son succès social, sa facilite pour le dessin la peinture, la broderie, la haute-couture, son chic, ses yeux verts, sa chevelure blonde et courte, son art culinaire exquis. Je me sentais “le patito feo” de la famille: lourde, timide, dengue de grâce. Chaque fois que j’écoute la jolie barcarolle des Contes d’Hoffmann, je me souviens avec émotion de cette mélodie chantée à deux voix par ma sœur accompagnée par son professeur de piano et de chant un mezzo-soprano (ce même professeur de piano, qui me faisait répéter sans cesse des escales, rien que des escales, et qui faillit me punir parce qu’en secret, j’avais appris à jouer, tant bien que mal, Le Beau Danube Bleu et Le Lac de Come).
Je ne vois pas mon frère dans mon enfance: il était souvent absent, soit interne au collège Saint Bernard, soit en apprentissage à Paris, soit faisant son service militaire en France. Je le vois perché sur le haut d’un cabriolet attelé à notre gracieuse jument Titine, et ensuite au Volant e notre première voiture, un Citroën décapotable. En ce temps la (environ 1929) l’auto était encore un luxe à Saint Sébastien.
A quatorze ans, ma mère me change d’école et m’envoya à Bayonne, France, au Pensionnat Largenté. Il était dirige par des Ursulines: la discipline y était plus sévère et les études beaucoup plus fortes. Les sports aussi y prenaient plus de place: nous avions un piste de tennis, plusieurs frontons pour la pelote basque, de la gymnastique et autres sports. Le régime était semblable à celui de Notre Dame, mais, comme je l’ai déjà dit, la discipline beaucoup plus stricte et nos professeurs étaient vraiment excellents. Je fis des progrès spectaculaires subjuguée par la science et l’autorité de mes nouveaux professeurs.
Il nous était absolument défendu d’avoir de petites conversations à deux à l’écart “a deux, le diable est au milieu” nous disait-on. Ce n’est que beaucoup plus tard, en approchant de la soixantaine que je compris l’énormité du sous-entendu.
Pour se conformer à la stupide loi de Jules Ferry, fin de siècle, chaque classe était officiellement assignée à une religieuse... en habit civil. Ce choix pour notre classe était tombe sur “Mademoiselle Marie” (la sous-didi come nous l’appelions irrévérencieusement entre nous) la sous-directrice, qui trahissait l’effort de son suprême sacrifice par sa timidité, son mysticisme, son acné, sa puérilité. C’était malgré tout un excellent professeur de mathématiques qui m‘initia aux mystères de l’algèbre et de la géométrie. Notre professeur de Français portait l’habit religieux. Elle était sévère et sèche. Son visage émacie, son teint de cire, son regard perçant nous en imposaient. Elle lutta longtemps avec mes participes passes. En vain... Un jour, me trouvant au fond de la classe je chuchotais quelques mots à ma voisine. Celle-ci étouffa un fou-rire. Mère ----- me regarda froidement: “Mademoiselle Hourcadette, vous êtes un pince-sans-rire” Je crus discerner dans ses yeux un certain sourire amuse. Nous étions bien loin de savoir, qu’à ce moment même elle luttait déjà contre un adversaire impitoyable, un cancer. Qu’elle nous faisait don de ses dernières énergies, qu’elle essayait de nous transmettre comme héritage, les dernières étincelles de son génie, de son savoir magnifique, de ce pouvoir magique de “communiquer” d’intéresser, de capter nos cervelles volages. Apres une longe absence, elle disparaissait à jamais. Elle avait trente cinq ans. Nous la pleurions à chaudes larmes, c’était notre plus grand hommage. C’était un grand prof.
Au congé suivant, je morigénais l’auteur de ma mésaventure, celui qui cinq ans plus tard deviendrait mon mari. Je lui reprochais de m’avoir mise dans un tel pétrin. J’avais quatorze ans: à l’époque du moins c’était un new prématuré.
Je quittais à regret Largenté y ayant passé les plus heureuses et les plus productives années de mon adolescence.
De là ma mère m’envoya en Angleterre “pour apprendre l’Anglais”. Le destin me joua un joli tour. Je tombais sur une famille anglaise aussi charmante que dénuée de sens pratique. J’étais avide de me plonger dans l’historie et la littérature d’Angleterre, de suivre des cours dans un école. Rien à faire: les clases me seraient données à la maison. Malheureusement pour moi tout le monde parlait un très jolie Français à la maison. Le père3 de famille, Mr. Brown était un peu artiste, il avait à charge une galerie d’art et avait séjourné à Paris avec sa famille pendant plusieurs années. Ils me racontaient entre ravis et “shocked” la scène suivante: un monsieur utilisant un de ces fameux urinoirs ronds et semi-découverts de la capital (supprimés plus tard par De Gaulle) soulevant de sa main libre son chapeau pour saluer respectueusement une dame de sa connaissance qui passait à ce moment plutôt importune … Cette famille anglaise avait été ensuite transférée à New Yoro ù les surprit la fameuse dépression de 1929. Les appointements du père de famille ayant été réduit des ¾, ils décidèrent de retourner en Angleterre. Là, les choses n’allant pas mieux, ils eurent l’idée de recevoir des pensionnaires dans leur foyer. J’étais l’un deux. Ils finirent, la cinquantaine passée par s’exiler là bas … loin… en Australie, espérant y retrouver un peu de l’aisance passée. Avec eux j’appris un peu d’Anglais (à la moindre difficulté nous retombions dans la langue de Molière) à faire des “pies” des “cakes”, à servir le thé, à jouer au tennis, à supporter les émanations du charbon de coke de la cheminée, et à admirer, en montant l’escalier, le seul un de Velazquez qui me regardait, le visage à demi tourné (le reste du visage se reflétant dans un miroir) m’offrant la ligne admirable de son dos, la courbe sinueuse de sa taille et de ses hanches et de son joli postérieur… ils riaient quand je leur disais mon étonnement de voir les victoires françaises (sur les Anglais) en gros caractères sur les textes français, et en tout petits caractères sur les textes anglais. Ainsi s’écrit l’Histoire.
Je quittais l’Angleterre et revenais en Espagne les premiers jours de juillet: j’avais dix huit ans, c’était 1936 et l’avenir m’attendait…..
Saint Sébastien était à l’époque (circa 1905) une ville estivale très à la mode, la cour espagnole y séjournent une partie de l’été avec le roi Alfonso XIII et sa reine Victoria Eugenia, petite-fille de la reine Victoria d’Angleterre. Il m’a été conte, qu’environ à cette époque, plusieurs célèbres espions s’y donnaient rendez-vous, entre autre la fameuse Mata Hari. Mes parent se connurent donc à Saint Sébastien, ils s’aimèrent, se marièrent, et, à force de travail, firent une toute petite fortune. On peut dire qu’ils firent leur Amérique en Espagne.
J’étais la benjamine, ayant un frère de douze ans mon aine et une sœur de huit plus âgée. Mon enfance à été très heureuse, très choyée. Au pays basque nous avons un sentiment très vif de la famille malgré notre caractère impétueux.
J’ai donc passe mes vacances et les longs week-ends en France, soit chez ma grand mère à Hasparren, soit chez ma tante à Sant Jean Pied de Port, ou à Artix dans le Béarn.
Le régime basque est assez matriarcal: la mère commande, les autres obéissent. Ce qui n’empêche qu’à la champagne, elle ne s’assit jamais à table, affaire à servir les autres. à la ville, les gens sont plus sophistiques et n’observent pas ces coutumes.
Je suis allée d’abord aux Ecoles Françaises de Saint Sébastien. C’était un école laïque (régie il me semble par le gouvernement français): elle était fréquentée surtout par les enfants d’ouvriers espagnol aux idées libérales qui évitaient ainsi les écoles d’ordres religieux et les écoles de l’Etat à forte ambiance religieuse. La, j’appris à lire, à écrire, à compter. L’école était mixte. à l’âge de neuf ans, mes parents m’envoyèrent à un pensionnat de jeunes filles, Notre Dame, dirige par des religieuses françaises dont la mission principale était d’enseigner le Français aux fillettes de la bourgeoisie espagnole. Je suis restée la, soit comme demi-pensionnaire, soit comme interne jusqu’a l’âge de quatorze ans. Dans le premier cas, l’autobus venait me chercher à domicile ver huit heures du matin et me ramenait vers sept heures du soir. Je passais donc la journée entière au pensionnat, laissant ainsi entière liberté à mes parents qui travaillaient. Nous avions classes toute la matinée avec une courte recréation vers dix heures. à midi, nous prenions notre repas au réfectoire, aux murs blancs, aux longes tables et bancs de bois nu. Le menu se composait généralement d’un plat de haricots, ou de lentilles, ou de riz, accompagne d’un morceau de viande ou de poisson ou d’un œuf à la rigueur; comme boisson, de l’eau fraiche; comme dessert un fruit frais, orange ou pomme, ou, en hiver une compote de fruits. Ensuite nous avions recréation: nous jouions à la pelote, au ballon, à colin-maillard, à la ronde… etc… Toute l’après-midi nous avions classes jusqu’a 4h. Nous avions alors recréation, agrémentée du gouter, invariablement un morceau de pain frais et un bille de chocolat que nous croquions à belles dents. Ensuite nous avions études jusqu’a l’heure de l’autobus qui nous ramenait à la maison. Chez moi nous observions les habitudes françaises et prenions notre repas vers 8h, tandis que mes camarades espagnoles observaient l’horaire du pays soit 9h et même plus tard… Le jeudi après-midi était entièrement dédié à la couture. Nous apprenions à coudre, à broder, à faire des boutonnières, et surtout, oh surtout!… à faire des reprises! Ces reprises: c’étaient de véritables chefs d’œuvre!… Ou sont les neiges d’antan!…
Les jeudis et les dimanches pour les internes, il y avait de longues promenades à pied sur la montagne voisine “Monte Ulia” qui domine la ville et la mer. C’est une vue magnifique!... Nous portions tous les jours un uniforme noir avec un grand col Claudine, blanc et amidonne, agrémente d’une lavallière rouge moirée, nouée sur le devant. Une grande cape noire, légère en été, en laine en hiver, ainsi que un chapeau noir classique, complétaient notre toilette. J’oubliais les bas noirs et souliers noirs. Tous les mos, quatre superbes rubans de couleur différente, récompensaient les efforts du meilleur d’entre nous en religion, conduite, application et ordre. Celui-ci était mauve et je ne le méritais pas souvent.
La religion tenait naturellement une grande place dans notre vie: catéchisme, ancien et nouveau testament, prières du matin et du soir, Messe très souvent, tous les jours pour les internes… Les jours de couture, l’une d’entre nous lisait la vie des saints ou autre lecture édifiante.
Une grande place était aussi réservée à la musique: Presque tout le monde étudiait le piano ou autre instrument musical. Tout le monde chantait… plus ou mois juste, et nous unissions nos efforts en des chorales à quatre voix. Une fois l’an, nous préparions avec grand enthousiasme une pièce de théâtre que tous les parents venaient admirer et applaudir. Mes dos histrioniques étant tells, je finissais toujours comme figurante parmi la foule de paysannes qui remplissaient le fond de la scène. De toutes façons, je trouvais très amusant de se déguiser et de se maquiller. En revanche, ma sœur Henriette étant douée d’une voix de soprano bien timbrée, devenait la primadonna de l’Orphéon Donostiarra, ce qui nous valut de jolis petits voyages ça et la. Je me rappelle surtout de la représentation de l’opéra basque “Maintena” dans le joli parc de Saint Jean de Luz, à cote de l’Eglise anglicane... Par ailleurs, l’Orphéon Donostiarra avait trouvé une mine d’or dans les chorales et chansons folkloriques, russes interprétées... en basque. Pendant longtemps j’ai donc cru qu’il s’agissait de chansons basques. Vingt ans après, assistant à Caracas, Venezuela, à une chorale de “Cosaques Du Don” je fus agréablement surprise d’entendre une chanson basque... chante en russe. Quel ne fut mon étonnement, en consultant mon programme, d’y voir imprime le nom bien russe du compositeur. Grace à cette erreur, j’ai toujours conserve dans mon cœur une place spéciale pour la musique russe. En ce temps la, la T.V était encore un rêve lointain, la radio balbutiait à peine, le phonographe était manuel et braillard. Je complétais mon éducation de musique classique de façon fort étonnante (j’exclue mes six ânées d’études de piano qui furent mon cauchemar) Tous les dimanches (mon père étant décède à conséquences de gaz asphyxiants de la “Grand Guerre”), ma mère nous faisait suivre tous les dimanches après-midi un rituel inébranlable: d’abord une longue promenade au bord de la mer, pur nous rafraichir les poumons et nous dégourdir les jambes; pus c’était le tour du palais et papilles gustatives nous allions prendre le gouter dans un grand café rempli de monde. Pour moi: “chocolate con churros y agua con azucarillo” qui faisait mes délices. A travers le brouhaha de consommateurs bruillants les ineffables accords de Schubert, Mozart, Beethoven, Granados, Falla, Albéniz, parvenaient à mes oreilles. Trois pitoyables musiciens, perches sur un petit balcon rond surélève, s’épuisaient à nous nourrir spirituellement. Je n’en faisais fi. Ce n’est que bien plus tard que je compris que mon être tout entier s’était imprègne comme par osmose de cette musique qui serait la joie de mon âge mur.
Apres le gouter c’était le spectacle: les yeux, l’imagination, le couleur. Nous allions parfois au théâtre, assistant aux oeuvres du classique espagnol, mais beaucoup plus souvent nous allions au cinéma dont je raffolais. Les stars de Hollywood étaient mes idoles et je connaissais beaucoup mieux l’habitat du Far-West que celui de mon propre pays.
Ma mère avait du caractère. Mon amour filial m’impose cet euphémisme. Disons qu’elle faisait honneur à son héritage ethnique. Elle avait un sens inné de l’art, de la musique, de tout ce qui était beau et bien, une faim insatiable de tout ce qui lui avait manqué dans son enfance, son adolescence, sa jeunesse. Elle nous pavoisait ma sœur et moi comme des trophées bien mérités. Elle était libérale et conservatrice à la fois. J’ai plaisir à penser que j’avais tète de son sein droit son inextricable héritage religieux, et de son sein gauche, mes idées humanitaires, mon amour de la liberté, ma conscience de la souffrance des déshérites de la fortune. Elle nous imposait doc sa volonté sans se soucier de nos gouts particuliers, nous habillant selon “le dernier cri de Paris”: je portais des jupes très courtes (The Roaring Twenties), des gants blancs, des chapeaux qui me donnaient mal à la tète. Je fus une des premières à porter un costume de bain “Jantzen” à la nageuse plongeante, qui laissait mes cuisses exposées au regard public, tandis que les autres jeunes filles portaient pudiquement des jupes jusqu’aux genoux selon la mode du pays. Il y à peu, un vieil ami et camarade de classe, me disait l’admiration que provoquaient mes longues jambes. Nos avons bien ri. Je pense maintenant, qu’en toute chose, ma mère était cinquante ans à l’avance sur son temps.
Ma sœur était douée de tous les dons artistiques. El m’éblouissait par son succès social, sa facilite pour le dessin la peinture, la broderie, la haute-couture, son chic, ses yeux verts, sa chevelure blonde et courte, son art culinaire exquis. Je me sentais “le patito feo” de la famille: lourde, timide, dengue de grâce. Chaque fois que j’écoute la jolie barcarolle des Contes d’Hoffmann, je me souviens avec émotion de cette mélodie chantée à deux voix par ma sœur accompagnée par son professeur de piano et de chant un mezzo-soprano (ce même professeur de piano, qui me faisait répéter sans cesse des escales, rien que des escales, et qui faillit me punir parce qu’en secret, j’avais appris à jouer, tant bien que mal, Le Beau Danube Bleu et Le Lac de Come).
Je ne vois pas mon frère dans mon enfance: il était souvent absent, soit interne au collège Saint Bernard, soit en apprentissage à Paris, soit faisant son service militaire en France. Je le vois perché sur le haut d’un cabriolet attelé à notre gracieuse jument Titine, et ensuite au Volant e notre première voiture, un Citroën décapotable. En ce temps la (environ 1929) l’auto était encore un luxe à Saint Sébastien.
A quatorze ans, ma mère me change d’école et m’envoya à Bayonne, France, au Pensionnat Largenté. Il était dirige par des Ursulines: la discipline y était plus sévère et les études beaucoup plus fortes. Les sports aussi y prenaient plus de place: nous avions un piste de tennis, plusieurs frontons pour la pelote basque, de la gymnastique et autres sports. Le régime était semblable à celui de Notre Dame, mais, comme je l’ai déjà dit, la discipline beaucoup plus stricte et nos professeurs étaient vraiment excellents. Je fis des progrès spectaculaires subjuguée par la science et l’autorité de mes nouveaux professeurs.
Il nous était absolument défendu d’avoir de petites conversations à deux à l’écart “a deux, le diable est au milieu” nous disait-on. Ce n’est que beaucoup plus tard, en approchant de la soixantaine que je compris l’énormité du sous-entendu.
Pour se conformer à la stupide loi de Jules Ferry, fin de siècle, chaque classe était officiellement assignée à une religieuse... en habit civil. Ce choix pour notre classe était tombe sur “Mademoiselle Marie” (la sous-didi come nous l’appelions irrévérencieusement entre nous) la sous-directrice, qui trahissait l’effort de son suprême sacrifice par sa timidité, son mysticisme, son acné, sa puérilité. C’était malgré tout un excellent professeur de mathématiques qui m‘initia aux mystères de l’algèbre et de la géométrie. Notre professeur de Français portait l’habit religieux. Elle était sévère et sèche. Son visage émacie, son teint de cire, son regard perçant nous en imposaient. Elle lutta longtemps avec mes participes passes. En vain... Un jour, me trouvant au fond de la classe je chuchotais quelques mots à ma voisine. Celle-ci étouffa un fou-rire. Mère ----- me regarda froidement: “Mademoiselle Hourcadette, vous êtes un pince-sans-rire” Je crus discerner dans ses yeux un certain sourire amuse. Nous étions bien loin de savoir, qu’à ce moment même elle luttait déjà contre un adversaire impitoyable, un cancer. Qu’elle nous faisait don de ses dernières énergies, qu’elle essayait de nous transmettre comme héritage, les dernières étincelles de son génie, de son savoir magnifique, de ce pouvoir magique de “communiquer” d’intéresser, de capter nos cervelles volages. Apres une longe absence, elle disparaissait à jamais. Elle avait trente cinq ans. Nous la pleurions à chaudes larmes, c’était notre plus grand hommage. C’était un grand prof.
Au congé suivant, je morigénais l’auteur de ma mésaventure, celui qui cinq ans plus tard deviendrait mon mari. Je lui reprochais de m’avoir mise dans un tel pétrin. J’avais quatorze ans: à l’époque du moins c’était un new prématuré.
Je quittais à regret Largenté y ayant passé les plus heureuses et les plus productives années de mon adolescence.
De là ma mère m’envoya en Angleterre “pour apprendre l’Anglais”. Le destin me joua un joli tour. Je tombais sur une famille anglaise aussi charmante que dénuée de sens pratique. J’étais avide de me plonger dans l’historie et la littérature d’Angleterre, de suivre des cours dans un école. Rien à faire: les clases me seraient données à la maison. Malheureusement pour moi tout le monde parlait un très jolie Français à la maison. Le père3 de famille, Mr. Brown était un peu artiste, il avait à charge une galerie d’art et avait séjourné à Paris avec sa famille pendant plusieurs années. Ils me racontaient entre ravis et “shocked” la scène suivante: un monsieur utilisant un de ces fameux urinoirs ronds et semi-découverts de la capital (supprimés plus tard par De Gaulle) soulevant de sa main libre son chapeau pour saluer respectueusement une dame de sa connaissance qui passait à ce moment plutôt importune … Cette famille anglaise avait été ensuite transférée à New Yoro ù les surprit la fameuse dépression de 1929. Les appointements du père de famille ayant été réduit des ¾, ils décidèrent de retourner en Angleterre. Là, les choses n’allant pas mieux, ils eurent l’idée de recevoir des pensionnaires dans leur foyer. J’étais l’un deux. Ils finirent, la cinquantaine passée par s’exiler là bas … loin… en Australie, espérant y retrouver un peu de l’aisance passée. Avec eux j’appris un peu d’Anglais (à la moindre difficulté nous retombions dans la langue de Molière) à faire des “pies” des “cakes”, à servir le thé, à jouer au tennis, à supporter les émanations du charbon de coke de la cheminée, et à admirer, en montant l’escalier, le seul un de Velazquez qui me regardait, le visage à demi tourné (le reste du visage se reflétant dans un miroir) m’offrant la ligne admirable de son dos, la courbe sinueuse de sa taille et de ses hanches et de son joli postérieur… ils riaient quand je leur disais mon étonnement de voir les victoires françaises (sur les Anglais) en gros caractères sur les textes français, et en tout petits caractères sur les textes anglais. Ainsi s’écrit l’Histoire.
Je quittais l’Angleterre et revenais en Espagne les premiers jours de juillet: j’avais dix huit ans, c’était 1936 et l’avenir m’attendait…..
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